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Syrie: « Jamais nous n’avions été confrontés à une telle violence envers les civils »

Urgence
Syrie
Guillaume Woehling et Diana Hiscock sont deux travailleurs humanitaires expérimentés. Au cours des dix dernières années, chacun d’entre eux a côtoyé les théâtres de combats. Jamais ils n’avaient été témoins d’une violence comparable à celle qu’ils ont observée lors de leur mission pour Handicap International en Syrie. Rentrés mi février, ils témoignent. 
Diana Hiscock, kinésithérapeute, auprès d'une jeune femme syrienne

Guillaume Woehling et Diana Hiscock sont deux travailleurs humanitaires expérimentés. Au cours des dix dernières années, chacun d’entre eux a côtoyé les théâtres de combats. Jamais ils n’avaient été témoins d’une violence comparable à celle qu’ils ont observée lors de leur mission pour Handicap International en Syrie. Rentrés mi février, ils témoignent.

Des combats d’une violence inouïe

« Ce qui se déroule en ce moment en Syrie est catastrophique et, avec le peu d’informations dont nous disposons, personne ne peut réaliser l’ampleur de ce qui se passe vraiment, explique Guillaume Woehling qui vient de rentrer en France après avoir passé plusieurs mois comme chef de mission pour Handicap International en Syrie. Chaque jour, des combats d’une violence inouïe se déroulent, dans des zones habitées et pour ainsi dire sans aucune distinction entre les civils et les combattants. Quand le conflit s’achèvera et que la fumée des bombardements se dissipera, ce que nous allons découvrir sera effroyable et le travail pour aider les populations à se relever prendra des années. »

« L’afflux de blessés est incessant »

Diana Hiscock est kinésithérapeute et comme l’ensemble des travailleurs humanitaires qu’elle a rencontré sur place, elle a été bouleversée par ce qu’elle a vu. « Les blessés auprès desquels nous travaillons sont détruits physiquement, mais aussi psychologiquement. Quasiment tous ont été blessés dans une explosion ou une attaque qui a couté la vie à un de leurs proches. Ces traumatismes, physiques et psychologiques sont pour la plupart irréversibles. »

« Je me souviendrai toujours de cette petite fille de 4 ans, aujourd’hui paraplégique parce que le bâtiment où elle se trouvait a été frappé par une bombe. Lorsque j’effectuais des séances de rééducation avec elle et sa mère, j’ai pu observer qu’elles entraient dans un état de panique incontrôlée chaque fois que nous entendions une explosion. Et les explosions ne cessent jamais. Le père a été arrêté et sa femme n’a aucune nouvelle depuis. Elles ne savent pas si elles le reverront un jour. Il faudra un travail immense rien que pour cette seule fillette. Pour l’aider à vivre avec sa paralysie, pour soutenir sa mère, qui doit aujourd’hui prendre soin d’elle, seule et avec la peur constante des bombardements…  Et les histoires comme celles-ci se répètent chaque jour.  »

« Les familles se déplacent pour fuir les combats, sans pouvoir emporter quoi que ce soit »

Pour fuir les combats ou chercher un abri après que leur maison ait été détruite, les populations civiles se déplacent de ville en ville. Certaines trouvent refuge à l’étranger. D’autres sont coincées entre les lignes de front et cherchent un endroit où elles seront en sécurité… jusqu’à devoir fuir à nouveau. « Les civils errent de village en village, explique Diana Hiscock. Ils se regroupent dans des camps de déplacés où ils ne reçoivent quasiment aucune prise en charge. Ils se déplacent sans rien, sans aucun effet personnel, rien qui leur permettent de se rattacher à leur vie d’avant la guerre, à ce qui fait d’eux qui ils sont. C’est terrifiant. »

Une aide humanitaire défaillante

Ce qui est inédit pour Guillaume Woehling, c’est le fait que l’aide humanitaire ne parvienne pas aux populations victimes, depuis bientôt 2 ans, d’une guerre particulièrement destructrice. « Lors de précédentes missions humanitaires, j’ai déjà été confronté à des épisodes de combats violents, qui touchaient épisodiquement les civils. Mais jamais je n’ai vu d’affrontements d’une telle intensité toucher aussi longtemps les civils et sans que quasiment aucune aide humanitaire ne leur parvienne. Actuellement, les populations, particulièrement dans les zones contrôlées par les rebelles, ne sont soutenues que par des initiatives isolées. Cette situation doit évoluer rapidement si on ne veut pas que la Syrie devienne un gigantesque fiasco humanitaire. »

Depuis la fin du mois de décembre Handicap International intervient auprès des  personnes blessées et handicapées à l’intérieur même de la Syrie. Afin d’améliorer leur prise en charge, des équipes mobiles se rendent dans les structures de santé, dans les camps et au sein des communautés accueillant des personnes déplacées. Un centre de réhabilitation fonctionnelle a également été ouvert au nord de la ville d’Idlib (Nord de la Syrie), où des kinésithérapeutes peuvent effectuer des soins auprès des personnes déchargées par les hôpitaux environnants. L’intervention de spécialistes de la réadaptation permet souvent d’éviter le développement de handicaps et d’augmenter l’autonomie de personnes comptant parmi les plus vulnérables.

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