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Les enfants combattent la violence sexuelle

Rwanda
Au Rwanda, au Kenya et au Burundi, les enfants ayant un handicap ont trois à quatre fois plus de risque d'être victimes de violence et d'abus sexuel. Handicap International attache donc une attention particulière à la lutte contre cette forme horrible de violence. Et les enfants jouent un rôle important dans ce combat. « Je vois de mes propres yeux les conséquences atroces que ce genre de traumatisme entraîne. Nous ne pouvons pas rester là à regarder », dit Marie, une Rwandaise de treize ans.
Danse organisée par les enfants du club inclusif

Au Rwanda, au Kenya et au Burundi, les enfants ayant un handicap ont trois à quatre fois plus de risque d'être victimes de violence et d'abus sexuel. Handicap International attache donc une attention particulière à la lutte contre cette forme horrible de violence. Et les enfants jouent un rôle important dans ce combat. « Je vois de mes propres yeux les conséquences atroces que ce genre de traumatisme entraîne. Nous ne pouvons pas rester là à regarder », dit Marie, une Rwandaise de treize ans.

Dans l'ouest du Rwanda, les élèves de l'école locale répètent une danse et une pièce de théâtre. Ils sont membres du « club inclusif de protection de l'enfant et de lutte contre les violences ». Ce groupe compte 55 élèves de 10 à 18 ans. À première vue, leur danse respire la joie, mais le message qu'ils veulent transmettre aux autres enfants de leur école et aux adultes des environs est moins léger. « Nous voulons donner une voix aux enfants qui ont été victimes de violence sexuelle », dit Immaculée, 17 ans, l’une des membres du club.

Le club est dirigé par des instituteurs et des membres de l'organisation locale APESEK[i], qui, à leur tour, sont formés par Handicap International.  « Le projet « Ubuntu Care », qui est mis en place au Burundi, au Rwanda et au Kenya, se construit sur une participation spontanée des enfants qui doivent entamer eux-mêmes l'action », dit la responsable du programme Sophia Hedjam. « Ils sont intensément impliqués dans le projet. »

IL y a  une dizaine d'enfants handicapés parmi  ses membres. « C'est logique », dit Sophia, « parce que les enfants handicapés courent trois à quatre fois plus de risques d'être victimes de violence sexuelle.[ii] Souvent, ils n'ont aucune vie sociale, n'ont donc pas accès à l'information et ne connaissent pas leurs droits. Sur le plan financier et psychologique, ils dépendent souvent aussi du coupable, qui est  fréquemment  un membre de la famille ou un ami. »

Trois à quatre fois plus de risque. C’est un chiffre hallucinant qu’Immaculée, 17 ans, ne connaissait pas, mais qui ne la surprend pas non plus. « Beaucoup d'enfants handicapés n'ont personne qui s'occupe véritablement d'eux. Ils sont seuls, ne peuvent pas se défendre ou ne savent pas qu'ils ont le droit de le faire. Et on ne les écoute pas s'ils se plaignent. »

Toutefois, il n’est pas facile d'associer les enfants handicapés au projet. « Beaucoup d'enfants handicapés ne vont toujours pas à l'école », dit Immaculée d'une voix soucieuse. « Surtout les enfants vivant dans des zones isolées et ayant plusieurs handicaps. Ceux-ci sont totalement rejetés. C'est à nous de convaincre leurs parents de les envoyer à l'école, malgré tout. »

L'angoisse

« Grâce au club, le tabou autour de la violence sexuelle sur les enfants est brisé. Auparavant, nous n'en parlions presque pas à l'école alors que nous étions témoins des conséquences horribles que cela engendre. Ce sont des situations indescriptibles : des grossesses, des infections VIH, etc. Et sans parler du traumatisme psychologique », dit Immaculée, qui nous raconte que de nombreux enfants éprouvent des sentiments d'angoisse. « J'y pense aussi souvent. Sur le chemin de retour de l'école ou quand je vois un groupe de jeunes clairement intoxiqués par la drogue ou par l'alcool, j'ai peur. »

Le projet « Ubuntu Care » engage le débat sur ce sujet et met également l'accent sur la prévention, qui est un aspect important. « Puisque nous savons comment éviter les problèmes, nous nous sentons déjà un peu plus confiants », dit Marie. « Nous savons que nous devons essayer d'éviter de nous déplacer tout seul, surtout vers les zones isolées et surtout quand la nuit va tomber. Nous savons que nous devons nous méfier des personnes inconnues nous offrant de l'aide et que nous devons le raconter à nos parents quand quelqu'un nous fait des propositions indécentes. »

Un élément crucial pour prévenir les agressions : briser le silence et inculper le coupable. « Quand nous savons qu'un enfant à l'école a été victime de violence sexuelle, nous lui parlons, nous cherchons de l'aide avec nos accompagnateurs et nous déposons plainte. Auparavant, la famille de la victime et la famille du coupable convenaient souvent de ne pas en parler, d'une part pour entretenir de bonnes relations, d'autre part pour ne pas avoir affaire aux autorités. C'est ce que nous essayons de changer. »

Quand elle finira ses études secondaires l'année prochaine, Immaculée veut poursuivre  son cursus et devenir médecin. Et elle souhaite surtout poursuivre ses actions et continuer à diffuser le message. « Nous avons franchi un grand pas, mais quand le message est porté par un enfant, il n’est pas toujours audible. Je crois qu'on m'écoutera plus quand je serai adulte. »



[i] Association pour l’encadrement des enfants orphelins et autres enfants vulnérables de Kivumuà

[ii] [ii] D Valenti-Hein and L Schwrtz, (1995), The sexual Abuse of those with developmental disabilities, James Stanfeld Co.

 

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