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L’espoir sans faille de Dorinne

Santé
Burundi
La mélopée est joyeuse. Les femmes chantent en battant des mains tandis que l’une d’elles marque le rythme en frappant sur un seau. La vingtaine de femmes présentes ici ont toutes un récipient pareil devant elles et elles y sont reliées par un tube. Une sonde urinaire. Jusqu’à leur opération, elles souffraient de fistules. Ici, on les appelait les « femmes de l’arrière-cour ».
Dorinne se remet doucement de son opération.

La mélopée est joyeuse. Les femmes chantent en battant des mains tandis que l’une d’elles marque le rythme en frappant sur un seau. La vingtaine de femmes présentes ici ont toutes un récipient pareil devant elles et elles y sont reliées par un tube. Une sonde urinaire. Jusqu’à leur opération, elles souffraient de fistules. Ici, on les appelait les « femmes de l’arrière-cour ».

La fistule est une déchirure qui apparaît le plus souvent à l’occasion d’un accouchement. Complication, longue durée du travail et césariennes mal réalisées en sont le plus souvent la cause… Mais la fistule résulte aussi parfois de viols.

Le résultat concret de cette déchirure est que les femmes atteintes deviennent incontinentes urinaire et/ou fécale. Les conséquences sociales sont graves : elles sentent mauvais, ne peuvent plus faire l’amour et a fortiori plus d’enfant. Elles se trouvent dès lors mises au ban de leur communauté, cachées, et bien souvent rejetées par leur mari.

On estime qu’au Burundi, 1200 nouvelles femmes sont atteintes de fistule chaque année. Autant de femmes qui se retrouvent exclues. Pourtant, bien souvent, une opération relativement simple permettrait de les guérir, leur rendant du même coup leur statut de femme.

Dorinne était âgée de dix-huit ans lorsqu’est venu le moment d’accoucher de son premier enfant. Une joie pour elle et son mari. Toutefois, les choses se sont mal passées et malgré la césarienne – une opération devenue courante et gratuite au Burundi – son enfant est mort-né. Dorinne est rentrée chez elle le cœur lourd, sans se soucier d’un ennui supplémentaire, minime celui-là : « Ca coulait, dit-elle. Je croyais que ça allait s’arrêter tout seul… mais ça a continué ».

Bien vite, la situation a empiré. Les voisins ont poussé son mari à chasser Dorinne, car elle ne lui était plus utile. Dorinne a donc dû retourner dans sa famille d’origine.

Un jour, une femme habitant à proximité est venue lui parler. Elle aussi avait souffert de la maladie. Mais des agents communautaires de Handicap International lui avaient parlé d’une solution, puis l’avaient emmené pour enfin être soignée.

Depuis deux ans environ, Handicap International a débuté un projet « fistule », en partenariat avec deux autres organisations : Médecins sans Frontières et Gynécologues sans Frontières. Handicap International parcourt les collines et va à la rencontre des femmes. Les agents communautaires expliquent l’opération, préparent les femmes, puis les emmènent dans un hôpital. Une autre organisation – MSF ou GSF – prend alors le relais pour procéder à l’opération. Les femmes resteront ensuite au minimum trois semaines à l’hôpital pour permettre la cicatrisation. Durant ce laps de temps, elles sont accompagnées et suivies par des garde-malades mandatées par Handicap International, qui veillent sur leur récupération et les préparent au retour.

Pour Dorinne, une première opération n’a pas été suffisante, et malgré un net progrès, une deuxième n’a pas suffi à résoudre totalement le problème. Dorinne fait partie des cas les plus difficiles. En effet, il arrive que les fistules soient complexes ou que les femmes arrivent à l’hôpital alors qu’elles sont atteintes depuis de nombreuses années, ce qui rend l’opération difficile voire impossible. Dorinne se remet donc de l’intervention aux côtés de trente-cinq autres femmes qui ont été opérées au cours des dernières semaines. Elles se soutiennent mutuellement, chantent, font de la couture… La joie semble régner ici, car la plupart des femmes savent que leurs malheurs sont désormais derrière elles.

Dorinne a confiance, la troisième opération sera la bonne. Et ensuite, elle fera tout pour que la cicatrisation soit totale. Car elle le sait, ce ne sera pas chose facile. Dorinne a déjà vu des femmes revenir à l’hôpital malgré que leur opération avait pleinement réussi. C’est que le processus de réadaptation n’est pas simple…

"D’abord, explique Caroline Duconseille, directrice de Handicap International au Burundi, les femmes doivent boire énormément. Cinq litres d’eau par jour, qu’elles évacuent à l’aide d’une sonde urinaire. Mais le plus dur vient ensuite : pour éviter de rouvrir la cicatrice, les femmes ne peuvent plus avoir de relations sexuelles durant trois mois, et ne peuvent pas accoucher durant un an. Pour ces femmes qui rêvent de retrouver leur mari, il est bien difficile de se refuser à eux lors des retrouvailles… Sans compter que les moyens contraceptifs restent très méconnus dans le pays."

Dorinne espère elle aussi retrouver son mari. Ils se parlent lorsqu’ils se rencontrent et souhaitent tous les deux revivre ensemble, une fois qu’elle sera guérie. Malgré deux ans de séparation, ils s’aiment toujours. « Je voudrais aussi avoir des enfants, affirme Dorinne. Mais pour cela, il faudra que Nyandwi, mon mari, soit patient. Pas question de rater ma guérison… Je rentrerai d’abord chez mes parents et je ne le rejoindrai qu’une fois totalement rétablie. Et s’il n’est pas prêt à attendre, je lui ai dit qu’il n’avait qu’à aller se chercher quelqu’un d’autre ! » Cette belle détermination contraste avec la femme timide qui s’était approchée au début de notre rencontre. Et qui se fend désormais d’un large sourire.
 



 

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