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Interview : Vers une société inclusive

Insertion
Haïti
Claire Perrin-Houdon est coordinatrice d'une cellule "insertion" qui travaille sur l'accessibilité notamment dans le domaine du transport, des bâtiments publics et privés, mais aussi des services et de l'emploi. Elle parle de la question du handicap et de l'intégration de la personne handicapée en Haïti.
portrait de Claire Perrin-Houdon

Claire Perrin-Houdon est coordinatrice d'une cellule "insertion" qui travaille sur l'accessibilité notamment dans le domaine du transport, des bâtiments publics et privés, mais aussi des services et de l'emploi. Elle parle de la question du handicap et de l'intégration de la personne handicapée en Haïti.

La société haïtienne est-elle inclusive ?

Depuis le séisme, le regard vis-à-vis des personnes handicapées a changé. Avant, le handicap était souvent associé à un problème de naissance et les personnes handicapées souffraient plus que les autres d’un accès à l’éducation, à l’emploi… Depuis le séisme, les Haïtiens ont pris conscience que cela pouvait arriver à n’importe qui, n’importe quand et ce quelle que soit la classe sociale. Des personnes ayant eu un parcours scolaire et universitaire ordinaire, qui occupaient des postes à responsabilité ont été blessées et ont développé des séquelles invalidantes. Elles montrent qu’une personne handicapée peut avoir des compétences, qu’elle peut travailler. Donc oui, le regard a changé, surtout par rapport au handicap physique, pas vraiment par rapport au handicap mental ou sensoriel.

Au niveau de l’Etat, le Président et sa femme ont manifesté leur intérêt pour la cause des personnes handicapées et un certain nombre d’initiatives montrent un changement. Récemment, le secrétaire d’Etat à l’Intégration des personnes handicapées a organisé un salon de l’emploi, il a aussi poussé à la révision de la politique nationale pour l’emploi. Le secteur privé n’est pas en reste, récemment une usine de textile a aménagé ses bâtiments pour qu’ils soient accessibles aux personnes handicapées. Toutes ces initiatives sont des avancées prometteuses pour une évolution de la société haïtienne vers une société plus inclusive.

Quels sont les domaines où il reste encore beaucoup de travail ?
Pour moi, une des clés vers une société inclusive c’est de travailler sur la continuité de la «chaine de déplacement entre la maison et tous autres lieux auxquels les personnes souhaitent se rendre. Cela inclut donc l’accessibilité des moyens de transports en commun, notamment dans une société ou beaucoup de gens n’ont pas les moyens de s’offrir leur propre véhicule. Si le transport n’est pas accessible aux personnes handicapées, elles vont avoir les plus grandes difficultés à se déplacer pour des rendez-vous comme pour se rendre dans un centre de réadaptation, mais aussi pour  rencontrer des amis, travailler, aller dans des lieux de culte, … pourtant ces lieux sont des endroits de rencontre qui contribuent à briser la solitude.

« Le transport en Haiti est un cauchemar pour tous le monde et donc particulièrement pour les personnes à mobilité réduite. Les taptap (minibus) sont toujours bondés, et personne ne prête vraiment attention aux autres. Pas plus aux personnes handicapées qu’aux autres, peut être une petite exception pour les femmes enceintes. Mon collègue, qui est amputé d’un membre supérieur, me disait qu’il craint de prendre un taptap aux heures de pointe, parce qu’il lui est difficile de se tenir et qu’il a peur de perdre l’équilibre et de tomber s’il est bousculé. Il y a un réel besoin d’améliorer l’accessibilité des transports car la ville est construite à flanc de montagne. 
Trois ans après le séisme, nous avons encore de nombreux projets à l’étude, soit pour des rénovations de quartiers, soit pour de la construction de bâtiments publiques. Ce qui est fait aujourd’hui facilitera ou pas la participation sociale des personnes handicapées. Faire changer les habitudes prend du temps.

Parallèlement à cela, une de mes collègues de la réadaptation travaille sur la mise en place de formations techniques qualifiantes et fait du plaidoyer pour l’intégration de la réadaptation au sein du plan national de santé. De plus, elle soutient des organisations locales pour la production de chaises roulantes adaptées pour des enfants IMC, la production de prothèses membres supérieurs et les acticités d’ergothérapie associée.La réadaptation associée à l’accessibilité sont indissociable l’un de l’autre.

Quel est le rôle que Handicap International peut jouer dans cette reconstruction inclusive ?
« Il y a beaucoup d’acteurs qui demandent notre expertise pour que leur dispositif d’aide soit inclusif, ils veulent qu’on les accompagne pour apporter une réponse ciblée aux personnes handicapées et à leurs familles. C’est le cas de CARE et de Concern par exemple, qui nous ont sollicités dans le cadre de leur projet de relocalisation de personnes déplacées suite au séisme. Aujourd’hui il y a encore 172.000 personnes vivant dans les camps et parmi elles au moins 900 personnes handicapées. Ces projets ont pour but d’aider les personnes déplacées à trouver un logement. Nous intervenons dans le processus pour que les logements choisis permettent, autant que faire ce peut, de promouvoir l’autonomie et la participation sociale des personnes handicapées »

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