Go to main content

Chronique d'une erreur historique

République démocratique du Congo
Le Congo a célébré sa fête nationale le 30 juin. Pourtant, le pays n'a pas beaucoup de raisons de faire la fête. A l'Est se déroule toujours une sale guerre. Et le Congo figure en bas de classement des indicateurs de développement humain. En Belgique, Handicap International et les acteurs de la coopération Nord-Sud interpellent le Ministre Magnette afin qu’il réintègre la Santé dans le nouvel accord de coopération avec le Congo.

Des académiciens, des leaders d’opinion et des responsables d’ONG interpellent Paul Magnette, le Ministre belge de la Coopération au Développement, afin qu’il réintègre la Santé dans le nouvel accord de coopération avec le Congo. Dans la chronique ci-dessous, ils font l’historique de la décision, déplorée de toutes parts, consistant pour la Belgique à se retirer du secteur de la santé, et retracent les réactions qu'elle a suscitées. Alors que la fête nationale congolaise était célébrée ce 30 juin, ils interpellent le Ministre Magnette afin qu'il annule l'erreur historique commise par son prédécesseur.


Avril 2009, rencontre avec Raymond Tshibanda, Congo
La climatisation fonctionne à plein régime. Dehors, la chaleur est écrasante. A l'issue d'un bref tête-à-tête, Raymond Tshibanda, Ministre congolais de la Coopération internationale et régionale, et Charles Michel, Ministre belge de la Coopération au Développement, se serrent la main. Le sort de la l’implication belge dans le secteur de la santé est ainsi scellé. Désormais, la Belgique construira des routes.


Mai 2009, de Bruxelles à Lubumbashi
La nouvelle du retrait belge du secteur de la santé se répand dans toutes les couches de la société. Du quartier bruxellois de Matonge jusqu'à Lubumbashi, l'indignation règne. De nombreux articles d'opinion et questions parlementaires se succèdent à une cadence élevée. Dans un article sans complaisance, Els Schelfhout, sénatrice CD&V, s’indigne du fait que la Belgique se retire sans autre forme de procès du secteur de la santé. La Belgique est un des plus importants pays donateurs en matière de santé et son expertise est appréciée au plan international. La sénatrice qualifie cette décision d'irresponsable, de contraire à l'éthique et d'inhumaine. Le mouvement associatif pour la coopération Nord-Sud n'y va pas non plus par quatre chemins et accuse le ministre de décider seul sans tenir compte des avis de la société civile et des Congolais. Médecins sans Vacances et Memisa, forts de leur longue expérience dans le domaine de la santé au Congo, tirent également le signal d'alarme. Ils craignent une hémorragie mortelle frappant les projets de santé soutenus par la Belgique. Plusieurs membres du gouvernement belge murmurent contre l'action en cavalier seul de Charles Michel mais veulent éviter la polémique. Il y a déjà assez de dossiers sur la table en politique intérieure. En outre, l'accalmie politique de l'été est proche...


1er octobre 2009, ministère provincial de la Santé et des Affaires sociales à Bukavu
Dans une tentative d'inverser le cours des événements, le Ministre des affaires Sociales et de la Santé de la Province du Sud Kivu envoie une lettre au Ministre Michel. Cette lettre sonne comme une supplique : « Vu que ces appuis [au secteur de la santé, ndlr] restent d’une grande importance et que notre pays reste encore dans une situation de guerre, surtout à l’Est, nous vous exhortons de revoir cette décision en notre faveur pour l’intérêt d’une plus grande partie de la population qui reste sinistrée, déplacée par les affres de la guerre et actuellement reste sans appui, accède difficilement aux soins de santé.»


21 décembre 2009, Palais d'Egmont, Bruxelles
Le Ministre congolais Tshibanda et le Ministre Michel trinquent au nouveau programme de coopération. A l'exception d’un soutien à quelques interventions en matière de santé, ils signent d'un trait de plume la fin de nombreuses années de collaboration et d'expertise.


Juin 2011, voyage au Congo du Ministre Vanackere
Au cours de conversations avec des journalistes, le Ministre des Affaires étrangères, Steven Vanackere, laisse entendre que la Belgique doit redevenir active dans le secteur de la santé au Congo. Au cours de son séjour, il a de nombreux entretiens avec des représentants belges de la coopération au développement. Les chiffres qui lui sont cités ne le laissent pas indifférent. Une mère sur vingt-quatre meurt lors de son accouchement, un enfant sur cinq ne fêtera jamais son cinquième anniversaire, 85 pour cent des personnes atteintes du VIH-sida n'ont pas accès à un traitement et sont donc condamnées à mort.


6 décembre 2011, château de Laeken
A l'issue d'un an et demi d'impasse politique, le gouvernement Di Rupo I prête serment. Paul Magnette devient le nouveau Ministre de la Coopération au Développement. Très vite, il perçoit à quel point la décision de son prédécesseur est contestée. En divers milieux, il fait comprendre qu'il déplore l'héritage transmis par Charles Michel. Sans donner de promesse précise, il envisage de consacrer plus d’attention à la santé dans le nouveau programme de coopération entre la Belgique et le Congo.


30 juin 2012, au Congo, en divers lieux du pays
Fête nationale au Congo, même si le pays n'a pas beaucoup de raisons de faire la fête. A l'Est se déroule une sale guerre. Et le Congo figure en bas de classement des indicateurs de développement humain. L'espérance de vie y est de 55 ans.
En Belgique, des académiciens, des personnalités influentes et des représentants de la coopération Nord-Sud se livrent à un plaidoyer déterminé en faveur d'un retour de la santé à l'agenda politique. Ils demandent au Ministre Magnette qu’il charge ses services d'inclure la santé lors de l’élaboration du nouveau programme de coopération avec le Congo.


Signé :
Wim Van de Voorde et Marlies Casier (Sensoa), Vincent Slypen (Handicap International), Jan Goossens (Médecins sans Vacances), Dirk Van Braeckel (ICRH, UG), Frank De Paepe (Memisa), Walter Zinzen (Ancien journaliste de la VRT), Filip Reyntjens (IOB, Universiteit Antwerpen), Filip De Boeck (Institute for Anthropological Research in Africa, KUL), Annick Peeters (Solidarité Protestante), Robert Colebunders (Institut de médecine tropicale, UA), Leo Devillé (HERA), Marc Botenga (Médecine pour le Tiers Monde), Luk Cannoodt (Université catholique du Rwanda), Pierre Verbeeren (Médecins du Monde), Marleen Boelaert (IMT), Andre Kiekens (Solidarité Mondiale), Dirk Van Maele (Plan Belgique), Bambi Ceuppens (Musée royal de l'Afrique centrale).
 

Pour aller plus loin

« La pauvreté est là. La misère est totale. » Urgence

« La pauvreté est là. La misère est totale. »

La crise du Kasaï, en République démocratique du Congo, dure depuis plus d’un an. Elle affecte plus de 2 millions de personnes et ne fait qu’empirer. Bakary Traoré coordonne les différentes actions de HI sur le terrain. Il explique la gravité de la situation.
Accoucher en toute sécurité à Bumbu Prévention Santé

Accoucher en toute sécurité à Bumbu

Au Congo, une maman sur 137 décède pendant l’accouchement. En Belgique, ce chiffre est de 1 pour 16.600. Pourtant, il est relativement simple de faire baisser ce chiffre. La preuve est faite au centre médical de Bumbu, où Handicap International donne des formations et du matériel depuis plusieurs années déjà. « Depuis le mois de janvier, aucune maman n’est morte ici. »

« Le handicap, ce n’est pas dans la tête » Insertion

« Le handicap, ce n’est pas dans la tête »

Eugénie Kabeya est créatrice de mode et l’une des coutières les plus fréquentées de Kinshasa. Installée à Bandalungwa, l’une des 24 communes de la capitale, cette femme dynamique de 40 ans, handicapée depuis l’âge de cinq ans suite à une polio, assume seule la charge des six personnes qui partagent son domicile. Quatre générations se mêlent dans cet atelier du cœur de Kinshasa.